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___Claude Levi-Strauss (2/3)
Publié par Pierre Morin le 15/02/2009.

 

« [...] le respect que nous souhaitons obtenir de l'homme envers ses pareils n'est qu'un cas particulier du respect qu'il devrait ressentir pour toutes les formes de la vie. »
Claude Levi-Strauss.

 


© Raymond Lévi-Strauss (1881-1953). Portrait de Claude Lévi-Strauss enfant. Huile sur toile, 1912. Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Petit Palais. Crédits photo : © Petit Palais / Roger-Viollet. Le don de ce portrait en 2007 au Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, est un hommage de Claude Lévi-Strauss à son père.

 

Maurice Bloch, anthropologue, parlant de « La pensée sauvage » dans le numéro hors série que La lettre du Collège de France consacre à Claude Levi-Strauss, écrit ceci :

« [...] La pensée sauvage, qualifiée de science du concret, est présentée par Levi-Strauss comme une science qui dépasse l'opposition entre le monde de la signification et celui de l'action [...] Levi-Strauss essaie de faire comprendre de bien des façons ce qu'est la science du concret.

Il pose surtout, à ce sujet, une question qui auraît dû être posée par tout historien de l'humanité et qui mérite qu'on lui accorde l'attention qu'elle exige. Elle est en effet fondamentale. Cette question est la suivante : comment expliquer que des inventions aussi déterminantes que la domestication des plantes et des animaux, basées sur une immense somme de connaissances, un savoir "scientifique" considérable sitôt qu'on y réfléchit, puissent avoir été l'œuvre d'hommes n'étant en rien des scientifiques au sens que nous donnons au terme aujourd'hui ?

Levi-Strauss répond à cette question en proposant l'hypothèse d'une créativité quotidienne, utilisant le concret, le monde sensible — les plantes, les animaux, le corps humain, etc. — comme instrument de l'activité spéculative, comme support de l'aventure intellectuelle. Dans la pensée sauvage, la pensée se combine à l'action ; elle pense en expérimentant ; elle pense donc en agissant [...] Cette pensée sauvage ignore superbement l'idée moderne d'une séparation entre la vie pratique et le savoir [...] »

 


© Photo P. Morin. Facade du musée du quai Branly - 37, quai Branly - 75007 Paris.

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Le 13 mai 2005, Claude Lévi-Strauss reçoit à Paris le XVIIe Prix international Catalunya. La cérémonie a eu lieu à l'Académie française. Claude Levi Strauss a 96 ans. Ce prix récompense les personnes qui ont, par leur travail, contribué de manière significative au développement des valeurs culturelles, scientifiques et humanistes. En voici deux extraits :

 

[...] Parce que je suis né dans les premières années du XXe siècle et que, jusqu’à sa fin, j’en ai été l’un des témoins, on me demande souvent de me prononcer sur lui. Il serait inconvenant de me faire le juge des événements tragiques qui l’ont marqué. Cela appartient à ceux qui les vécurent de façon cruelle alors que des chances successives me protégèrent si ce n’est que le cours de ma carrière en fut grandement affecté.

L’ethnologie, dont on peut se demander si elle est d’abord une science ou un art (ou bien, peut-être, tous les deux) plonge ses racines en partie dans une époque ancienne et en partie dans une autre, récente. Quand les hommes de la fin du Moyen-âge et de la Renaissance ont redécouvert l’antiquité gréco-romaine et quand les jésuites ont fait du grec et du latin la base de leur enseignement, ne pratiquaient-ils pas une première forme d’ethnologie ? On reconnaissait qu’aucune civilisation ne peut se penser elle-même si elle ne dispose pas de quelques autres pour servir de terme de comparaison. La Renaissance trouva dans la littérature ancienne le moyen de mettre sa propre culture en perspective, en confrontant les conceptions contemporaines à celles d’autres temps et d’autres lieux.

La seule différence entre culture classique et culture ethnographique tient aux dimensions du monde connu à leurs époques respectives. Au début de la Renaissance, l’univers humain est circonscrit par les limites du bassin méditerranéen. Le reste, on ne fait qu’en soupçonner l’existence. Mais on sait déjà qu’aucune fraction de l’humanité ne peut aspirer à se comprendre, sinon par référence à toutes les autres. [...] »

 


© Photo Claude Levi-Strauss, 1935-1936. Femme Caduveo au visage peint. Mato Grosso / Brésil / Amérique du Sud. Iconothèque du Musée du Quai Branly.

 


© Photo Claude Levi-Strauss, 1935-1936. Femme Caduveo au visage peint. Mato Grosso / Brésil / Amérique du Sud. © Iconothèque du Musée du Quai Branly.

 


© Photo Claude Levi-Strauss, 1935-1936. Femme Terenq faisant de la poterie. Mato Grosso / Brésil / Amérique du Sud. © Iconothèque du Musée du Quai Branly.

 


© Photo Claude Levi-Strauss, 1935-1936. Danse chez les Bororo. Mato Grosso / Brésil / Amérique du Sud. © Iconothèque du Musée du Quai Branly.

 


© Photo Claude Levi-Strauss, 1935-1936. Fillette Caduveo au visage peint. Mato Grosso / Brésil / Amérique du Sud. © Iconothèque du Musée du Quai Branly.

 

[...] Mais si l’homme possède d’abord des droits au titre d’être vivant, il en résulte que ces droits, reconnus à l’humanité en tant qu’espèce, rencontrent leurs limites naturelles dans les droits des autres espèces. Les droits de l’humanité cessent au moment où leur exercice met en péril l’existence d’autres espèces.

Le droit à la vie et au libre développement des espèces vivantes encore représentées sur la terre peut seul être dit imprescriptible, pour la raison très simple que la disparition d’une espèce quelconque creuse un vide, irréparable, à notre échelle, dans le système de la création.

Seule cette façon de considérer l’homme pourrait recueillir l’assentiment de toutes les civilisations. La nôtre d’abord, car la conception que je viens d’esquisser fut celle des jurisconsultes romains, pénétrés d’influences stoïciennes, qui définissaient la loi naturelle comme l’ensemble des rapports généraux établis par la nature entre tous les êtres animés pour leur commune conservation; celle aussi des grandes civilisations de l’Orient et de l’Extrême-Orient, inspirées par l’hindouisme et le bouddhisme; celle, enfin, des peuples dits sous-développés, et même des plus humbles d’entre eux, les sociétés sans écriture qu’étudient les ethnologues.

Par de sages coutumes que nous aurions tort de reléguer au rang de superstitions, elles limitent la consommation par l’homme des autres espèces vivantes et lui en imposent le respect moral, associé à des règles très strictes pour assurer leur conservation. Si différentes que ces dernières sociétés soient les unes des autres, elles concordent pour faire de l’homme une partie prenante, et non un maître de la création.

Telle est la leçon que l’ethnologie a apprise auprès d’elles, en souhaitant qu’au moment de rejoindre le concert des nations ces sociétés la conservent intacte et que, par leur exemple, nous sachions nous en inspirer. »
© ® Claude Levi-Strauss, aidh.org, voir note ci-dessous.

 


A gauche : © Photo Claude Levi-Strauss, recadrage. A droite : © DR, recadrage.

 

 

Claude Levi-Strauss, fiche biographique sur le site de Larousse.fr.
 Web  Voir la fiche biographique.

aidh.org, l'éducation aux droits de l'homme en français.
 Web  Voir le site officiel.

aidh.org, les textes de références 2005.
 Web  Source de l'extrait publié ci-dessus dans Passerelles

Catherine Clément, philosophe et romancière.
 Web  Voir le site officiel.

Collège de France, site officiel.

 Web  Voir le site.

Lettre du Collège de France. Numéro Hors-série consacré à C.L-S, novembre 2008.
 Web  Pour l'acheter ou le commander.

Maurice Bloch, professeur émérite à la London School of Economics de Londres est actuellement visiting professor à la New School for Social Research de New York et professeur adjoint à l'université libre d'Amsterdam. Il a été titulaire de la Chaire européenne au Collège de France pour l'année académique 2005-2006.
 Web  Télécharger le résumé de la leçon inaugurale.

Claude Levi-Strauss : photographies de mission.

 Web  Voir la page.

Musée du quai Branly. 1/2

 Web  Site officiel.

Musée du quai Branly. 2/2

 Web  Voir une vidéo de présentation du musée sur le site de France Dimplomatie.

Musée des Beaux Arts de la Ville de Paris, Petit Palais.
Avenue Winston Churchill - 75008 Paris Tél.: 01 53 43 40 00

 Web  Voir le site officiel.

MURVEGETAL de Patrick Blanc.

 Web  Voir le site officiel.

 

 

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